Top articles
-
Chant du cygne : amer !
L’absence de plus en plus répétée de Martial inquiétait Gautier autant que Fabrice. Et puis il y avait la passivité des autres, non l’indifférence mais la passivité. Gautier chercha à s’en ouvrir à Jean-Pierre en lui prouvant par là même son acuité psychologique....
-
Tonneaux blancs défilent les jours
2. A Vézelay le jardin est devenu toute la ville Un son d’orgue assise au bord des marches L’office a déjà commencé Les moines du monastère Ont les yeux fendus et leur dos Des regards d’une blancheur de cierge Seuls certains mots sont tolérés Ils se tendent...
-
Complainte Rutebeuf
Que sont mes amis devenus Que j’avais de si près tenus Et tant aimés ? Je crois qu’ils sont trop clairsemés Ne furent pas bien plantés Et se sont gâtés Ces amis-là m’ont maltraités Car jamais de tout le temps Que Dieu m’a assailli De tous les côtés Je...
-
Pointe d'envie...
Ce que je vais dire ne se dit pas... Ce n'est pas correct... La jalousie subtile, l'éclair d'une seconde... Mais pourquoi, aussi, les plus cruelles maladies n'auraient-elles pas leur face cachée, splendide Vallée inaccessible de l'En-Gaddi ? Et pourquoi...
-
"Azur et Asmar" ou le dessin inanimé
Tout est fait pour plaire. L'affiche des "Mille Nuits plus une", selon l'expression chère à Borgès, exsude quelque mystère nacré, quelque délicatesse d'Arabie, qui fait envie. Le lion rouge, l'oiseau bleu. Le titre est beau. Le rythme nuancé des séquences,...
-
Chant du cygne : schubertiades
Ce soir-là en rentrant, il y en eut pour rester discuter encore. On avait enfin pu convier Martial, organiste accompli, et qu’il avait fallu longuement décider. Pour son âge Martial développait une maturité artistique qui impressionnait son entourage...
-
"L'inflexion des voix chères qui se sont tues..."
Il fait froid ce matin en France. L’abbé Pierre n’est plus. Après Jean-Paul II et frère Roger, chacun dans leur ordre et leur génie propre, cette bonne tête raillée par Roland Barthes est tombée à son tour. La faux va vite, ces temps-ci. Je me rappelle....
-
Caractère
Somptueuse est l'ardeur qui nous garde les yeux au bord de l'âme. Être de ceux qui sont traversés. Toujours. Par tout. Sans que l'on y puisse rien. Eprouver sans ciller la profondeur des choses vraies, jusqu'au vertige. Voilà bien la chaude étoffe de...
-
Symétrie
Une table basse en fonte et faïence de type oriental, un fauteuil large dans lequel j’avais décidé, de longtemps, d’occuper ma place de commensal, un canapé-lit qu’il habiterait entièrement par moulinets de bras et position centrale. L’axe de notre amitié....
-
Enfouis-moi plutôt comme on glisse un chapeau
Nous nous sommes réveillés dans une vieille église comme une orangeraie aux dômes éventrés. Nos couches lumineuses subjuguées brusquement, et nos corps devenus des verres d’eau où se désaltèrent des fleurs, le jour semblait nous boire lentement à sa gourde....
-
Appel à être
Un jour, le téléphone a sonné. Au milieu du grand silence, dans la maison fraîche où j’étais seul, un après-midi d’été. Et la voix se mit à me parler. C’était celle d’un homme mûr, la cinquantaine, une voix très grave et très chaleureuse. Il me dit son...
-
Chant du cygne : enthousiasmes
En quittant ses compagnons de jeu il se remémora un après-midi en compagnie de Gautier et de Denis qu’il souffrait pour des concerts, des opéras. Il méprisait leur furtive. Il l’avait regretté ensuite. Il en était maintenant arrivé à noter ce qu’alors...
-
Chant du cygne : parrainage
Jean-Pierre s’effaça entre deux murs de livres. Ses bibliothèques en merisier étaient fermées de portes vitrées. D’un côté Constant reconnut une bonne collection de Pléiade, de l’autre des traductions d’auteurs grecs et latins. Il suffisait de poursuivre...
-
Bréviaire des bévues
Il y a celui qu’on appelle inlassablement et qui ne peut jamais venir. Celui qui téléphone trop souvent pour qu’on le désire. Celui qui vous démange à force de ne pas vouloir déranger. Celui qui met les pieds sur la table et se sert dans le frigo. Celui...
-
Arietta
Arietta, Pièce lyrique, Edvard Grieg « Vaudrait mieux le voir, soupira Olivier Ravalet en composant le numéro de Paul Orcières. Peut-être cultive-t-il ses hésitations et ses pudeurs à la manière des adolescents ? » Denis temporisait. Tous les matins,...
-
Une lettre
Insensiblement chacun orientait sa vie de son côté. Ce n’était pas la réclusion de Constant aux confins de la Champagne et de la Lorraine qu’on jugeait mais l’air de supérieur détachement qu’il arborait à son retour en ville. « Ce n’est pourtant pas l’Antarctique...
-
Première rencontre
Un après-midi ensoleillé. L’air s’allonge de passer par la feuillée et la vapeur fraîche d’un ruisselet. Cet instant est la bonne surprise d’une sortie en groupe. Toute cette bonne humeur, c’est aimable. Peu de bonimenteurs, peu de débatteurs. Tout d’abord...
-
Son Nom
En toute vie le silence dit Dieu, Tout ce qui est tressaille d'être à lui ! Soyez la voix du silence en travail, Couvez la vie, c'est elle qui loue Dieu ! Pas un seul mot, et pourtant c'est son Nom Que tout sécrète et presse de chanter; N'avez-vous pas...
-
Numéro 1 : l'Ami
Un jour, un ami vous provoque. Une de ses phrases vous réveille. Vous vous défendez, et rapidement les sortilèges de la « réponse » s’épuisent: vous êtes seul avec sa remarque. Voilà qu'il vous faut inventer seul votre envie de vivre. Vous cessez alors...
-
Heureuse morosité
Merveille, qu’un ennui à deux le long d’un long après-midi taiseux. Bras ballants dans le blé, la lourdeur du sang au bout des mains. La lèvre fait relâche au bord du verre. Il fait chaud. Le canal tend des ombres. Les peupliers s’immiscent. On jette...
-
Chant du cygne : tours et donjons
La première entrevue fut compassée. Personne ne se livra vraiment aux autres, les écus n’étaient pas terminés. Gautier n’osa pas parler de son idée de parrainage, et il n’y eut aucune initiative originale. « C’est toujours la même ambiguïté, conclut Fabrice...
-
Compagnon de bibliothèque
Vient le moment où, en pleine guerre, on s’assied parmi les livres… Ernst Jünger, dans sa légende germanique, Sur les Falaises de marbre, relate l’existence de deux « frères » qui herborisent et classifient. Le narrateur est l’un d’eux. Tout à l’observation...
-
Nous aurons beau dire
Nous aurons beau faire, nous aurons beau faire, ils iront toujours plus vite que nous, ils en feront toujours plus que nous, davantage que nous. Il ne faut qu’un briquet pour brûler une ferme. Il faut, il a fallu des années pour la bâtir ; ça n’est pas...
-
Accointances
Avant guerre, Emmanuel Berl assiste aux levées de drapeaux en –isme de toutes sortes. Ses amis « prennent des positions », se déchirent, se jettent au visage des mots abstraits, les « paroles gelées, propices aux tyrans ». Quarante ans plus tard, après...
-
Numéro 1 : L'Ami
Un jour, un ami vous provoque. Une de ses phrases vous réveille. Vous vous défendez, et rapidement les sortilèges de la « réponse » s’épuisent: vous êtes seul avec sa remarque. Voilà qu'il vous faut inventer seul votre envie de vivre. Vous cessez alors...