Enfouis-moi plutôt comme on glisse un chapeau

Nous nous sommes réveillés dans une vieille église
comme une orangeraie aux dômes
éventrés.
Nos couches lumineuses subjuguées brusquement, et nos corps devenus
des verres d’eau où se
désaltèrent des fleurs,
le jour semblait nous boire lentement à sa gourde.
Pour nous rendre aux cuisines, il nous fallut détruire certains des palmiers-nains qui
poussaient près des autres,
Dans des pots de terre-cuite.
***
Nos amis inconnus nous ont laissé dormir, ils parlent seuls en langue,
S’occupent à réparer en chiquant du tabac
Un moteur noyé, mais ils nous aiment encore.
Nos cheveux sont mouillés de nos bains de pâleur,
Sur le côté du fleuve, nous marchons sur la digue, horizon odorant
autant qu’un citronnier,
Les marins sont de dos, dans une eau savonneuse,
vident leurs seaux qui luisent des cristaux transparents.
Nous voyons s’éloigner les grues aux têtes
molles qui tendrement tirent de la vase
pneumée
des sons comme des vers.
***
Nous nous sommes baignés pour laver nos vêtements
Puis à l’invitation d’un batelier matois
Nous sommes allés voir de nos yeux les fonds,
diadèmes des blocs de glace
des pousses et de ces eaux
que salissent
les gaz.
5.
Et nous ne prenions plus pour repas que des herbes
Que de très vieilles femmes nous tendaient sans mot dire,
Du lac transparent nous provint une odeur,
huile vierge, pinède, pliée sous la poussée du vent
résines, champs et bouleaux qui lentement se couchent,
Nous voyions trier le bons grains des ossements, pour faire des remèdes
De la terre très noire.
Emmanuelle Caron