Accabler un homme de caresses

Publié le par Comité de rédaction de la Revue Anima

 

D’entrée, l’exigence d’Alceste sature l’espace et s’impose comme une évidence : un cœur ne se donne pas à tout vent. «L’ami du genre humain » trahit la relation élective. Aussi, cet individu qui déploie à chaque rencontre la même énergie est soupçonné d’infidélité par celui dont la colère avoue un attachement inavoué, teinté de jalousie, mais superbe. Toute la scène mériterait d’être citée

                             Alceste

Moi, votre ami ? Rayez cela de vos papiers.

J’ai fait jusques ici profession de l’être ;

Mais, après ce qu’en vous je viens de voir paraître,

Je vous déclare net que je ne le suis plus,

Et ne veux nulle place en des cœurs corrompus.

                       Philinte

Je suis donc bien coupable, Alceste, à votre compte ?

                        Alceste

Allez, vous devriez mourir de pure honte ;

Une telle action ne saurait s’excuser

Et tout homme d’honneur s’en doit scandaliser.

Je vous vois accabler un homme de caresses,

Et témoigner pour lui les dernières tendresses ;

De protestations, d’offres et de serments

Vous chargez la fureur de vos embrassements :

Et, quand je vous demande après quel est cet homme,

A peine pouvez-vous dire comme il se nomme (…)

Molière, in Le Misanthrope, Acte I, scène 1

 

 

 

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