Liturgie

Publié le par Comité de rédaction de la Revue Anima

On ne sait pas. On ne comprend pas ce qu’on vient faire quand on vient s’asseoir dans une église à côté d’autres individus qui n’en savent pas davantage. Certains se sont fabriqué un discours de commentaire : « au cours de la liturgie on fait ceci et cela » ; ce sont les théoriciens du lot mais à proprement parler, ils sont dépassés, soit par l’aspect trivial, soit par l’aspect métaphysique du spectacle. Les deux peut-être sont réunis par un lien secret : les pleurs de la petite N* et les soupirs de Mme F* ont peut-être leur sens liturgique. Puisque nous sommes là et que le « service » a lieu, c’est qu’en quelque sorte nous y avons tous part.

 

 

Et les choses ? Le lieu, les instruments divers, l’éclairage, l’odeur, le mobilier : ce sont autant de participants ! Puisqu’il y a liturgie.   

 

 

Mais au fond de l’église, comme mort, laissé pour mort, ermite par force, on peut voir le Christ. Sa présence est matérialisée par une lumière rouge et autour il ne peut y avoir que de pauvres danses pour Etre humains, des simagrées plus ou moins pathétiques, parfois pathétiquement pathétiques.

 

 

Pourtant, je ne peux pas me contenter des nuages, des conditionnels (« si 2 ou 3 d’entre vous… ») ; ce que je vois c’est la liturgie, les choses, les salariés en week-end qui refont mentalement des opérations comptables en (se) faisant croire qu’ils sont concentrés et que, justement, ils se passionnent pour la lumière rouge et pour les nuages. Eux non plus n’en sont pas capables. Il leur faut quelque chose : LITURGIE.

 

 

N’empêche que dans une semaine, donner deux heures (le temps d’y aller et d’en revenir, d’y penser) à la liturgie, donc, bon gré mal gré, au Tout Autre, c’est extraordinaire. Parce qu’on peut dire que ce n’est pas pour le Tout Autre qu’on va à la messe ; c’est pour la vente de gâteaux, pour certaines vérification vestimentaires (la livrée que je porte est-elle dans le ton ?) ou tout simplement pour voir des gens (Valérie a-t-elle réglé son histoire de vacances en Allemagne ?) et on a raison. Or, pour faire tout ce qu’on fait dans une église, il y a d’autres lieu ou d’autres moments que celui de la liturgie.

 

 

Alors quoi ? lex orandi, lex credendi ça ne vaut plus : il suffit d’aller à la messe, peu importe le rite, le recueillement, l’obéissance, la fermeté catholique ? On peut dériver, pourvu qu’il y ait la messe ?

 

 

Théoriquement non : il y a l’Institution. C’est son devoir d’affirmer, elle dit le droit, elle prescrit. Mais elle se heurte aux Etres humains, elle se heurte à des falaises d’anecdotes familiales et de lectures personnelles.

 

 

Je forme le vœu de ne pas être de ses obstacles, si au cours de la liturgie je me disperse, que ce soit seul et pas avec l’Eglise entière.

 

 

Thomas Mercier

 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article